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Beni Abbés: à la reconquête d\'une vocation touristique perdue
Auteur:
Publié: 17/06/08

  I- MONOGRAPHIE DE BENI ABBES :

Distante de 250 km du chef lieu de la wilaya de Bechar, Béni Abbés est une daïra comprenant deux communes : Béni Abbés et Tamtirt. D’une superficie de 10040 km², la commune de Béni Abbés compte 13000 habitants. En matière de développement, la région accuse un  énorme retard. Si son taux d’électrification est  appréciable (95%), la région, en revanche,  n’est pas alimentée à ce jour en gaz de ville. Elle le sera sous peu. Le taux de chômage est des plus élevé  en frôlant les 60%. C’est que la région ne dispose pas de tissu industriel. Les deux seules unités de production qu’elle compte sont aujourd’hui fermées. Pourtant, à écouter les responsables locaux,  Béni Abbés, de par la richesse d e son sol, a de réelles potentialités pour produire du verre, des tuiles, du carrelage et de la porcelaine. Aussi, ils  se disent prêt à accorder des facilités à tous les industriels qui veulent y investir. Région à vocation touristique, Béni Abbés n’en est pas moins dépourvu de structures d’accueil adéquates. Avec la fermeture de l’hôtel ’’Le grand erg’’, seul  l’hôtel  ’’Rym’’ est aujourd’hui fonctionnel.

Pour ce qui est de l’agriculture, on dénombre quelques 250 fellahs à Béni Abbés. Dans la palmeraie large de 40 ha, on cultive un peu de tout : cultures maraîchères,  fruits, légumes, etc.  La superficie agricole utile est de 415 ha. La commune dispose d’autres périmètres agricoles à  Ain Seguia, Jouiffa, Ouarourt,  Zghamra, etc. Mais on se plaint d’un problème d’électricité. Le périmètre de Jouiffa, le plus grand avec une superficie de 120 ha, n’est électrifié qu’à 05 %. Résultat : beaucoup de fellahs ont abandonné leurs champs. Pour le subdivisionnaire agricole, l’Etat a fait beaucoup de choses pour l’agriculture dans la région. Et de citer l’aide de 07 milliards de centimes apportée, dans le cadre du PNDA, à 127 fellahs. « On est à 80% de réalisation. Certains ont abandonnée à cause de la rareté de l’eau », explique-t-il.

Un avis que ne partage pas la  responsable allemande du projet de gestion intégrée de l’eau dans le cadre de la coopération technique  algéro-allemande (GTZ). Pour elle il n’y a pas un manque d’eau à Béni Abbés mais  le problème situe au niveau de sa répartition.  Aussi elle a conçu une nouvelle technique qui est à même d’approvisionner h24 les citoyens en eau.  « On est à la phase expérimentale. Mais une discussion s’impose avec les citoyens pour gagner leur adhésion au projet. Car  nous prévoyons d’introduire, par la suite, un système de tarification », explique-t-elle.  « D’autre part, ce projet est de nature à revivifier la palmeraie qui meurt à petit feu. Le but n’est pas de relancer l’agriculture dans cette région désertique mais de sauver un certain mode de vie, voire une culture», ajoute-t-elle.

II- REPORTAGE:

A la reconquête d’une vocation touristique perdue

Son surnom de perle de la Saoura lui va comme un gant. Belle et enchanteresse, Béni Abbés, cette oasis du sud de Bechar,  est bien gâtée par dam nature qui l’a gratifié d’une  mosaïque de  paysages féeriques et flamboyants qui font récrier d’admiration plus d’un. De prime abord elle annonce sa vocation touristique. Traversé l’oued Saoura au lit tout agrémenté d’arbustes, une magnifique et verdoyante palmeraie s’étale, de part et d’autre de la route,  de toute sa splendeur. Quelques centaines de mètres plus loin, à droite de l’entrée de l’agglomération, s’élève, au beau milieu de jardins herbeux et de majestueux palmiers, le vieux ksar, construit au 16éme siècle, où jadis habitaient les 07 grandes familles fondatrices de la ville. Aujourd’hui personne n’y demeure alors qu’il a fait l’objet d’une rénovation grâce à des fonds de l’Unesco. A  sa gauche, au milieu de quelques bâtisses agrippées les unes aux autres, se trouve le théâtre où se déroulent les activités du Mouloud et, à quelques mètres de là, le musée saharien et le zoo. S’élance alors vers les haut deux colonnes d’arcades prenant en sandwich la chaussée pour donner sur la ville qui s’adosse à un interminable et tortueux massif dunaire, le fameux erg occidental, à l’image d’une perle suspendue à un collier d’or.

Des paysages féeriques mais peu visités par les touristes :

La grande dune, celle faisant face à l’hôtel ’’Rym’’, point de chute de tous les touristes, fait presque office de Djemaa pour les habitants de la ville. Chaque soir, à la faveur de la fraîcheur vespérale, elle est prise d’assaut. Hommes, femmes, jeunes filles et enfants y viennent passer de savoureux moments de farniente. Comme pour être plus prêt du ciel, certains montent jusqu’à la crête de la montagne de sable d’où l’on domine une bonne partie de la palmeraie et, par-delà, des étendues désertiques qui s’étirent indéfiniment. De l’autre coté de la ville, du haut de la falaise sur laquelle est construit l’hôtel ’’le grand erg’’, surplombant quelques habitations et le vieux ksar, on s’offre la même image idyllique. Vue d’ici, la palmeraie, enchâssée avec le lit de l’oued,  prend la forme d’un scorpion.  A quelques encablures de  cet établissement hôtelier est implanté l’ermitage du père de Foucault, fondé en 1905,  où officient encore une dizaine de frères et sœurs.

Comme pour taquiner l’empire du milieu, Béni Abbés s’est donnée  sa ’’muraille de Chine’’ qui se trouve à Marhouma, à 30 km du chef lieu communal. C’est une mixtion  de montagne et de gravures rupestres  découverte en 1953. Mais elle est peu connue.

Sans conteste, Béni Abbés  a tout pour être une grande destination touristique. Elle regorge   de lieux et de paysages féeriques à même de drainer un grand nombre de touristes. Pour le moment, force est de reconnaître qu’elle n’attire pas grand monde. En ce mois d’avril, elle n’a reçu qu’une centaine de touristes venus dans le cadre de la 4éme édition du festival ’’les nuits de la Saoura ’’. À son premier voyage dans la région, Abderrahim, un émigré algérien approchant la soixantaine, est certes ébloui par le charme de Béni Abbés.  « La région est très belle. Il y a la nature mais aussi la chaleur de l’accueil, l’écoute et la politesse  des gens de Béni Abbés. C’est très important », s’épanche-t-il.  Mais il n’en décèle pas moins bien des insuffisances. «  Il me parait que la ville est envahie par le béton. On a délaissé l’habitat traditionnel. Sur le plan architectural, les nouvelles constructions sont hideuses et  très uniformes.  Il n’y a pas de moyens d’accueil. Dans certaines chambres de l’hôtel ’’Rym’’, il n’y a pas de téléviseur et surtout pas d’Internet pour les gens qui veulent travailler», déplore-t-il avant de nuancer : « on sent qu’il y a une volonté d’aller de l’avant ».  Les habitants de Béni Abbés, eux, explique ce peu d’engouement  des touristes par le black-out médiatique dont est victime  leur région. « C’est une affaire de médiatisation. Parce qu’elle est très médiatisée, Taghit, par exemple,  attire plus de touristes que nous alors qu’elle loin d’avoir nos potentialités», soutien M.Adda, président de l’office local du tourisme. Les mains tremblotantes pour cause de maladie de Parkinson, cet ancien instituer met beaucoup de cœur pour vanter les atouts touristiques de Béni Abbés. « Elle est la seule oasis au sud où pratiquement tous les arbres fruitiers y prennent racine », s’enorgueillit-il.

Quand la volonté du maire butte sur le manque de moyens :

Fort de sa conviction que « l’avenir de Béni Abbés est dans le tourisme »,  M.Bouhadda, P/APC, met beaucoup du sien pour donner un coup de fouet à ce secteur  vital pour le développement de sa commune. Première bataille engagée : celle de la médiatisation en multipliant les manifestations  pour  la mieux faire connaître. La tenue  de la 8éme édition du marathon des dunes à Béni Abbés, fin décembre 2007, a été mise à profit par M.Bouhadda  pour  s’approcher de pas moins de cinq chaînes de télévision étrangères. « Dans mes interventions,  j’ai tout particulièrement insisté  sur un point : la sécurité totale qui règne dans notre région. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Lors de la fête du mouloud, nous avons reçu plus de 200 touristes étrangers. Le flux dépassait largement nos capacités d’accueil », assure-t-il. E pour remédier à ce problème de capacités d’accueil dont souffre sa commune, M.Bouhadda  a engagé  des négociations  avec pas moins de 04 investisseurs nationaux dont un émigré pour la reprise de l’hôtel ’’Le grand erg’’.  Ce bijou architectural, construit du temps de la colonisation  par la firme française Citroën, est fermé depuis quelques années. « Les négociations ont abouti. Il ne nous reste que le cahier des charges que nous préparons de concert ave le ministère de tutelle pour concrétiser l’opération. Malheureusement çà traîne un peu. Cela fait trois mois qu’on l’a déposé auprès du service de la wilaya pour approbation. A ce jour, rien», déplore-t-il.

D’autre part, il dit vouloir travailler avec la multitude d’associations de Béni Abbés pour créer plusieurs campings dans la ville et même dans les localités environnantes qui ont un potentiel touristique comme Ouarouroud, Ougarta et Zghamra.  « Pour le moment, seule l’association El Kheïma a déposé un dossier auprès de la direction du tourisme. Le jour où tous ces campings seront installés, les touristes peuvent s’offrir  des circuits pour découvrir les différents sites touristiques de la région », assure-t-il.  Son grand souhait aussi est de voire les habitants de Béni Abbés adopter la formule « hébergement chez l’habitant ». « A cause d’un problème juridique, il est impossible de faire du vieux ksar un lieu d’hébergement pour les touristes. La solution est que les habitants de Béni Abbés acceptent d’héberger chez eux les touristes comme c’est le cas au Maroc et en Tunisie. Ce concept est de nature à permettre aux touristes de mieux s’imprégner de notre culture. En plus çà crée des liens entre les peuples », affirme-t-il. En plus d’un projet d’ouverture d’une école de formation de guides touristiques, M.Bouhadda a pris contact avec un conseiller du ministère du tourisme et de l’environnement pour l’aider à réhabiliter la Zone d’expansion touristique (ZET) de notre commune. Mais son plus grand espoir il le fonde sur l’aéroport dont les travaux commenceront incessamment. « Pour lui le développement du tourisme saharien n’est pas une mer à boire.  Des idées il en a à revendre.  Reste seulement le concours de l’Etat. 

III- PORTRAIT :

Abdellah Bouhadda: Un maire respecté au service de sa localité

En dépit de la fragilité que dégage sa silhouette de moine indou, il a  de l’énergie à revendre. Porté à la tête de l’APC de Béni Abbés à la faveur des élections locales du 29 novembre 2007 sous les couleurs du RCD, Abdellah Bouhadda déploie, depuis, un activisme débordant pour faire de sa ville une grande destination touristique et, partant, améliorer les conditions de vie des habitants de cette localité du sud-ouest du pays. Parce qu’intègre et compétent, beaucoup de citoyens de Béni Abbés voient en lui l’homme à même  d’amorcer le changement tant espéré. « Notre ville connaîtra un grand changement, j’en suis sûr. Le P/APC est un homme intelligent, intègre  et compétent. Il travaille pour donner un autre aspect à Béni Abbés», témoigne un membre d’une association. « C’est un homme qui travaille beaucoup. Il est très rigoureux. Depuis son arrivée à la tête de la mairie, il a imposé une grande discipline dans la gestion des affaires de la commune», renchérit le vice-président de M.Bouhadda. Venu déjà l’année dernière à Béni Abbes, un responsable de l’association « nuits métisses », un français d’origine algérienne, s’est récrié dés son entrée au siège de l’APC : « çà à beaucoup changé ! ».

Marié et père de 04 enfants, M.Bouhadda, 57 ans, est un cadre de valeur d’Algérie télécoms. C’est en 1977 qu’il a eu son  diplôme de technicien  supérieur en télécommunications obtenu  à l’Institut des télécommunications d’Oran. Depuis il travaille comme cadre à l’antenne de Béni Abbés d’Algérie télécoms. 

C’est au lendemain de l’ouverture démocratique connue par le pays en 1988  qu’il a investit le terrain politique. Lors des élections locales de 1990, il a décroché la vice-présidence de l’APC sous la bannière du Front de Libération national (FLN). En 1997, sous les couleurs du Rassemblement national démocratique (RND) cette fois-ci, il s’adjugera le poste de P/APC de Béni Abbés  avant qu’il ne fera en 2000 l’objet d’un complot qui a aboutit à sa destitution. Mais il se défend d’avoir été un militant d’un quelconque de ces deux partis. Ce n’est qu’à partir de 2007 qu’il adhérera à une formation politique, le RCD en l’occurrence, avec en prime la  reconquête de la mairie.

Doté d’un grand sens du contact, jamais il n’hésite à aller à la rencontre de la population et marque toujours de sa présence tout événement qui se déroule dans sa commune. C’est vrai que lundi 13 avril, cloué au lit par une fièvre, il n’a pu assister à l’ouverture du festival des nuits métisses. Rétabli, il réunira le lendemain  mardi 14 avril, à la veille du lancement du recensement général, une escouade de jeunes recenseurs au siège de l’APC. Avec des mots simples, il les a invités à se prévaloir de patriotisme et de sérieux  pour mener à bon port cette opération fort utile pour l’Etat. La matinée du mercredi 16 avril, entourés d’un groupe d’élèves, il a donné le coup d’envoi à l’opération implantation d’arbres dans la commune. En homme politique averti, il sait que seul le travail de terrain paie.

IV- ENTRETIEN :

Abdellah Bouhadda: « J’ai hérité d’une situation catastrophique »

Comment avez-vous trouvé la situation de votre commune au lendemain de votre élection ?

A notre arrivée, nous avons trouvé une dette de 1,7 milliards de centimes. Et 09 des 17 véhicules constituant le parc roulant de l’APC  sont à l’arrêt.  Sans parler du gaspillage, les véhicules de l’APC circulent sans cesse et, parfois, utilisés pour des besoins personnels. Nous avons aussi trouvé beaucoup de projet qui sont à l’arrêt (10) et d’autres qui ne sont même pas entamés (05). Alors que les moyens financiers de notre sont des plus limités, on se payait le luxe de ne pas recouvrer des droits de  l’ordre de 6,810 millions DA sur les acquéreurs de 77 locaux commerciaux appartenant à la commune. En outre,  les prix pratiqués sur la location de quelques 16 logements sont loin de refléter leurs valeurs réelles.  C’est pour dire qu’à mon arrivée à la tête de l’APC,  j’ai hérité  d’une situation qui n’est pas très reluisante. 

Qu’avez-vous fait pendant les six mois de votre règne?

 Nous avons d’abord réparé tous les véhicules en panne. On a mis fin à l’utilisation des véhicules en dehors du cadre du travail. Nous avons ensuite relancé  les projets à l’arrêt et lancés ceux qui n’ont même pas démarrés.  Nous avons décidé de procéder au bitumage des voies urbaines de toute l’agglomération.  Les travaux  démarreront dans les prochains jours.

D’autre part, nous avons pris attache avec des opérateurs économiques nationaux et étrangers pour investir à Béni Abbés. J’ai eu à m’entretenir dans mon bureau à Béni Abbes et même à Alger avec des investisseurs pour la reprise de la limonaderie et l’entreprise de mise en bouteille. Les discussions sont en bonnes voies.

Par ailleurs, nous avons noués des contacts avec des associations espagnoles et françaises sans parler  des jumelages contractés  avec une commune d’Algérie (El Asnam de Bouira)  et une autre française (Septèmes-les-Vallons de Marseille). 

Pouvez-vous nous parler d vos futurs projets ?

Nous avons proposé plus de  21 projets.  La commission de daïra en a retenu 11. Entres autres projets que nous allons réaliser citons la  rénovation de l’entrée de la ville, la dotation de plusieurs quartiers  de réseaux d’assainissement, l’installation d’un réseau d’adduction d’eau potable dans la ville à partir d’un troisième forage, la dotation du stade communal de gradins, la construction d’une maison d’hôtes, l’aménagement du jardin public, l’élargissement du siège de l’APC, l’aménagement et l’équipement du centre culturel, l’aménagement du vieux quartier de T’layet assafa, etc.

D’autre part j’ai lancé une série de rencontres avec les fellahs, les commerçants, les entrepreneurs, les jeunes, les associations, etc. Nous avons parlé en toute liberté de la situation de la commune mais aussi des problèmes de chaque catégorie sociale. Ces rencontres seront couronnées par l’installation  d’un conseil consultatif dans lequel siégeront les notables de la ville, les responsables des associations ainsi que les élus. L’objectif est de permettre aux citoyens  de suivre de très près la gestion des affaires de la cité.

Avez-vous rencontré des problèmes avec l’administration ?

Non, nous travaillons dans la sérénité la plus totale avec l’administration. Nous avons des relations très cordiales aussi bien avec le wali qu’avec le chef de daïra.